Dans le cadre de la transition énergétique, Enedis pilote un projet innovant baptisé «Smart Occitania». Il a pour objectifs de rendre le réseau électrique en milieu rural «intelligent» et de développer une nouvelle filière créatrice d’emplois.

Nom de code : «Smart Occitania». Derrière cette expression se profile, à l’échelle d’un territoire qui aspire à devenir la première région à énergie positive d’ici 2050, un formidable défi technologique porté par Enedis (ex-ERDF). Afin de faire face aux mutations accélérées du paysage énergétique, un consortium (1) ambitionne de rendre «intelligents» les réseaux de distribution d’électricité dans le monde rural. «Nous avons déjà testé ces réseaux communicants dans les villes, notamment à Toulouse. Mais il n’y a aucune raison pour que l’on traite différemment les habitants des territoires urbains ou ruraux» affirme Jean Paoletti, le directeur régional d’Enedis à l’origine du projet.

 

Quand le consommateur devient un acteur

Comment anticiper le développement de nouveaux usages tels la voiture électrique, gérer la production croissante et le stockage des énergies renouvelables essentiellement localisées en milieu rural, assurer une livraison d’électricité plus efficace ? Comment faire évoluer le système, où l’équilibre en temps réel est assuré en adaptant la production à la consommation, vers un système où l’ajustement se fera davantage par la demande, faisant ainsi du consommateur un acteur. C’est pour répondre à ces enjeux que l’idée de «Smart Occitania» a germé chez Enedis. «En réalité, explique Jean Paoletti, c’est une analyse systémique de la transition énergétique qui a fait aboutir le projet. Dit autrement, nous avons intégré toutes les parties prenantes de cette transition qui utiliseront d’une manière ou d’une autre le réseau de distribution d’électricité».

 

Des compétences réunies au sein d’un consortium

Pour déployer cette chaîne de communication numérique en milieu rural, Enedis s’appuie sur des technologies mises au point par des start-up ou des PME régionales, avec l’objectif avoué de créer une nouvelle filière d’excellence en Occitanie susceptible de vendre à l’étranger des solutions imaginées par l’écosystème régional. «Nous travaillons avec des partenaires qui contribuent au financement du projet» précise Jean Paoletti. Pour mieux piloter ce système, des groupes comme Maec (Cahors) ou Actia (Toulouse), ont mis au point de nouveaux appareils. L’entreprise toulousaine Sigfox, qui déploie son réseau bas débit dans le monde, est associée au consortium (1). D’autres fabriquent des capteurs qui, placés sur les réseaux et pilotés à distance, peuvent permettre d’anticiper les pannes en cas d’intempéries. «On peut même échanger des Data avec Météo France, proposer des analyses hygrométriques pour l’agriculture, voire travailler avec le Cnes sur de la cartographie en complément des satellites. Les informations seront partagées entre tous les partenaires. C’est une forme d’union sacrée au service du développement économique de notre région» ajoute-t-il.

Instruit par l’Ademe, le projet «Smart Occitania» va être expérimenté pendant trois ans sur deux départements : la Haute-Garonne et la Lozère. Pour Enedis, qui investit cinq millions d’euros dans l’opération, les enjeux sont multiples. D’abord tester des matériels qui permettent de mieux piloter le réseau de distribution en réduisant les coûts d’investissement tout en améliorant la qualité de la fourniture en milieu rural. Ensuite, faciliter l’insertion sur le réseau des énergies renouvelables issues du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectrique, du thermique ou d’autres sources. «Le système électrique est au cœur du développement des énergies renouvelables ; ainsi le réseau doit permettre l’accès et le développement de tous les moyens de production renouvelables non seulement l’hydraulique, le solaire ou l’éolien mais également le biogaz. Le problème de certaines énergies renouvelables c’est qu’elles sont intermittentes. Les stockages associés à ces sources d’énergie sont donc également intéressants à expérimenter. Dans le cadre de Smart Occitania, en lien avec le biogaz, nous avons choisi d’expérimenter le stockage du méthane pour le transformer en électricité et l’injecter dans le réseau au meilleur moment» affirme Jean Paoletti.

Développer une filière créatrice d’emplois

Derrière «Smart Occitania» se profile également un enjeu économique : le projet a en effet pour ambition de développer, grâce aux compétences des différents partenaires, une nouvelle filière d’excellence créatrice d’emplois verts. «Le projet a aussi une valeur à l’export. L’équation entre gains substantiels en matière d’investissement et qualité de fourniture supérieure peut intéresser des pays en voie de développement. Je pense à l’Afrique et à l’Amérique du Sud» poursuit-il.

Parallèlement à l’expérimentation, dans un schéma ou tout un chacun peut potentiellement consommer et produire de l’électricité, le consortium souhaite expliquer ce qu’est la transition énergétique en Occitanie, ses enjeux. Des groupes d’animation vont être constitués avec l’aide de la Région, des débats organisés pour présenter «Smart Occitania», ses technologies et pratiques innovantes qui préfigurent un modèle énergétique plus durable, soucieux des enjeux environnementaux.

 

La Dépêche du Midi